homosexualité, chrétiens, inclusivité, catholique, protestant, gay, lesbienne, trans, transexuel, LGBT, bisexuel, bible, genre

Trans-Témoignages

Publié le mai 25th, 2017 | par Carrefour des chrétiens inclusifs

0

Témoignage de Céline

Il y a eu une première fois où j’ai fait la connaissance de Céline. Ce jour-là, elle a pris la forme d’un jeu que j’affectionnais quand, seule à la maison, petite mais seule, je déambulais dans l’appartement et que je trouvais plaisir à ouvrir les armoires de ma mère, ses tiroirs, ses boîtes de rangement ; à humer ses parfums et ses cosmétiques dans la salle de bain.

J’avais dix ans. Je n’y voyais ni malice ni transgression ; juste une sensation de plaisir, une attirance vers un univers confusément familier. Ce n’était pas de la curiosité ; c’était une exploration. Chaque découverte me parlait au creux de moi-même.

Ma plus belle prise, je crois, plus que ses bas et ses chaussures, furent une perruque dont je n’avais jamais eu la certitude qu’elle l’eut déjà porté. J’étais surprise de trouver cet objet à la maison car assez insolite pour une enfant de mon âge. En même temps, mon réflexe a été immédiat, comme une évidence, une vérification, un désir.

Un an après cette découverte, mon éloignement de la maison pour aller vivre chez une nourrice, m’a éloigné également de ce monde secret et intérieur mais Céline était apparue naturellement, discrètement, sans se déclarer de manière tonitruante ni se décider par défi ou même jeu.

Elle n’est pas née ce jour-là. Elle apparue subrepticement dans une conscience encore juvénile qui ne savais pas la nommer.

Je suis née dans une famille catholique pratiquante. J’ai donc pratiqué comme il se doit. Plus tard, après avoir bravé mon père confesseur à l’internat, en lui partageant mes doutes sur dieu, j’ai retrouvé la foi par un autre père curé, professeur de français et de latin (jusqu’en terminale !), gaulliste non pas qu’il ait fait acte de prosélytisme à l’âge où je montais sur les tables en déclamant « ni dieu ni maître » sans savoir exactement où cela pouvait mener.

Il a juste fait preuve de clairvoyance à mon égard, voyant bien que le latin ne me mènerait nulle part et s’étant mis en tête de me faire mon éducation politique dans la salle de classe où j’étais la seule à vouloir afficher pratiquer cette langue morte tellement c’était distingué.

On a donc beaucoup parlé du général et de la cinquième république.

Il se distinguait aussi par un certain courage à mes yeux notamment le jour où la cour du collège transformée en patinoire par le gel, il s’est avisé, sous les moqueries de mes camarades, de rejoindre la salle de cours en mettant des chaussettes par-dessus ses chaussures.

Je pourrais être plus longue à son égard mais pour faire court, il m’a donné, par son exemple, le goût de l’engagement et du courage d’être soi, le don d’empathie et de bienveillance pour les autres, moi en l’occurrence.

Dire qu’il a fait fonction de figure paternelle c’est incontestable mais c’est aussi lui qui m’a donné éperdument foi en l’Homme et donc en dieu et à son fils, Jésus.

Par ce don d’évangélisation uniquement porté par sa seule manière d’être et non par des discours ou des incantations, il avait gagné au cœur de dieu une personne dont le transgendérisme puisera dans sa foi, force et discernement pour vivre une mutation plus sociale que physique, plus visible qu’intérieure dans un monde peu accueillant y compris au sein de l’Église.

Ma foi cependant n’est pas un abri ni un rempart. Elle n’est pas pour moi seulement qui questionne continuellement mon identité que tout le monde voudrait me voir dénoncer. Elle est pour les autres. Mes prières sont pour ce monde et elles rejoignent toutes les prières des gens de bonne volonté.

Je pardonne d’avance, à celles et ceux qui ne comprennent pas, qui ont peur pour leurs enfants, qui voudraient que tout le monde leur ressemble. Je leur dis seulement, devant dieu, que je suis une femme, que c’est compliqué aussi pour moi, que cela est et n’est pas autrement et que je fais avec. Je dis que cela n’altère pas ma capacité de penser, d’aimer et de me livrer à dieu.

Je dis que … je m’arrête d’écrire car je pleure… comme une fille me direz-vous et là je pense que vous faites dans le stéréotype de genre mais je vous laisse dire.


A propos de l'auteur



Les commentaires sont fermés

Revenir en haut ↑