À la suite des scandales sur les violences sexuelles en Église, attaquons-nous aussi aux thérapies de conversion.

Coup sur coup viennent de sortir dans la presse plusieurs affaires de violences sexuelles qui impliquent des personnalités du monde académique proches de l’Église Protestante Uni de France (EPUdF). Nous, collectif de personnes qui se sentent en lien avec l’EPUdF, sommes choqué.e.s de ces révélations et nos pensées, nos prières et nos premières sympathies vont vers les victimes qui aujourd’hui font face aux révélations publiques de leurs histoires, de leurs vies, de leurs intimités. Nous leur assurons notre soutien indéfectible : nous serons toujours à et de leur côté.

Nous sommes choqué.e.s, mais malheureusement pas surpris.e.s. Depuis des années, nous alertons les instances de l’EPUdF sur le risque d’éclatement de ce genre d’affaires. Le travail que la CIASE a effectué dans le monde catholique français aurait dû être une première initiative tout à fait reproductible à l’échelle de notre Église. Malheureusement, et nous l’avons souvent répété dans nos échanges, aucune institution humaine ne peut se targuer de ne pas avoir en son sein de tels comportements. Aujourd’hui que ces affaires éclatent, c’est à une totale remise en question qu’il nous faut faire face.

Les violences sexuelles ne sont pas les seules dans nos Églises. En janvier 2022, la France a adopté une loi contre les thérapies de conversion. Si ce dispositif législatif a été mis en place, ce n’est pas seulement pour prévenir de potentiels faits, mais bien parce que depuis plusieurs années remontent à la surface des attitudes et des comportements de communautés religieuses et de leurs responsables des faits qui s’apparentent à des thérapies de conversion. Là encore il serait vain de penser que ce phénomène n’est que marginal et réduit à des espaces spirituels éloignés de nos institutions. Nous craignons, que dans l’avenir, d’autres scandales éclatent. C’est pourquoi il est urgent que nos instances ecclésiales se saisissent enfin de ce sujet et le mettent en haut de leurs priorités.

D’abord en prenant au sérieux les témoignages des victimes, comme elles le font pour les victimes de violences sexuelles. Que ce soit par des systèmes de lignes d’écoute et de point de contact pour recueillir les témoignages, il existe suffisamment de moyens pour s’assurer de cela.

Ensuite en ne laissant pas prise au double discours : celui de l’attention envers les victimes et celui du refus d’enquêter sur ces situations et leurs responsables. Tout comme on ne laisse pas une victime de violence sexuelle seules on ne devrait pas laisser les victimes de thérapie de conversion seules face à leurs bourreaux. L’Église doit pouvoir se doter de mécanismes internes qui permettent d’éviter cela.

Enfin, Il y a un réel et profond travail de pédagogie à faire pour que les discours et les attitudes changent sur les représentations des personnes LGBTQIA+ dans nos Églises. Certes, nos instances évoluent. Certes, elles ont aujourd’hui un regard bien plus positif. Mais encore trop souvent les personnes LGBTQIA+ sont confrontées à des rejets violents et à des comportements qui ne les inclus pas dans le respect de ce qu’elles sont. Il existe assez de témoignages, de matériel pédagogique et de personnes renseignées pour que nos Églises se dotent enfin des moyens de lutter contre ces thérapies.

La balle est dans le camp de nos instances. 

Baptiste Thollon, Président du Carrefour des Chrétiens Inclusifs (CCI)

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